Entre 2020 et 2026, la banya russe n'a ni décliné ni connu de renaissance : elle s'est scindée. D'un côté, un parc de bains publics municipaux subventionnés dont les tarifs restent plafonnés à 85 ou 100 roubles et que Saint-Pétersbourg s'emploie à rénover, avec 22 complexes programmés d'ici fin 2026. De l'autre, 81 grands complexes thermaux privés totalisant 493 000 m², en croissance de 47 % sur un an, qui mêlent vapeur, restauration et loisirs. Les deux modèles ne visent ni les mêmes publics ni les mêmes usages, et les chiffres disponibles ne permettent pas de dire lequel l'emporte.
Pour situer cette évolution dans la durée, notre histoire de la banya soviétique retrace la constitution de ce parc public entre 1917 et 1991, et notre dossier sur l'économie du thermalisme russe en donne le cadre sectoriel.
Saint-Pétersbourg, laboratoire d'une politique municipale de sauvetage des bains publics
Saint-Pétersbourg constitue aujourd'hui le cas le mieux documenté d'une politique publique active en faveur des bains municipaux en Russie. La ville a lancé une programmation pluriannuelle de rénovation de son parc de bains publics, sans équivalent avéré dans les sources consultées pour Moscou. Les Kronshtadtskie Bani, bains de Kronstadt, ont rouvert au public en 2025 après des travaux de restauration, inaugurant ce que les services municipaux présentent comme une séquence plus large d'interventions. Vingt-deux complexes de bains devaient faire l'objet de réparations d'ici fin 2026, selon les annonces de la mairie ; après la réouverture de Kronstadt, vingt-et-un établissements restaient donc en chantier ou en attente de travaux.
Les opérations en cours ou annoncées concernent des quartiers périphériques et des municipalités satellites : Lomonossov, Strelna, Sestroretsk, Zelenogorsk, Pessochnoie. Cette géographie éclatée révèle une volonté de maintenir un maillage territorial qui dépasse le centre historique, là où la pression foncière et immobilière est la plus forte. Le caractère subsidiaire de cette politique apparaît clairement dans les chiffres communiqués : trente-et-un à trente-deux bains reçoivent des subventions municipales pour assurer la « toilette des habitants », selon la formule administrative russe. Ces subventions garantissent des tarifs plafonnés pour certaines catégories de visiteurs, ancrés à des niveaux fixés en 2023 et maintenus sur une partie du parc : quatre-vingt-cinq roubles pour une section de deuxième catégorie, cent roubles pour une section de première catégorie.
Il convient de noter ce que le dossier ne permet pas d'affirmer. Aucune statistique officielle de fréquentation des bains publics de Saint-Pétersbourg n'est disponible dans les sources consultées. On ignore donc si cette politique de sauvetage rencontre un public nombreux, stable ou déclinant, si les usagers des quartiers concernés attendaient ces réouvertures, ou si les tarifs subventionnés suffisent à compenser l'attrait des formats concurrents. De même, l'absence de plan municipal moscovite comparable dans la documentation disponible interdit tout jugement sur une généralisation de ce modèle à l'échelle fédérale. Saint-Pétersbourg apparaît ainsi comme un laboratoire isolé, dont les résultats à moyen terme restent à documenter.
Ce qui émerge néanmoins, c'est une tension caractéristique : la ville investit dans la préservation d'une infrastructure héritée de l'époque soviétique, voire plus ancienne, tandis que le marché thermal privé se développe sur des bases radicalement différentes. Les bains municipaux pétrobrggeois fonctionnent comme un service social aux tarifs contrôlés ; les nouveaux complexes thermaux, eux, visent une clientèle solvable prête à payer pour l'expérience. La coexistence des deux modèles n'indique pas un simple déclin de l'un au profit de l'autre, mais plutôt une stratification croissante de la pratique.

Du bain municipal au complexe thermal : la mutation structurelle d'un marché en expansion
Le paysage thermal russe connaît depuis le milieu des années 2020 une transformation qui tient davantage de la recomposition que d'un simple transfert d'une offre vers une autre. Les bains publics municipaux, héritiers d'une tradition séculaire de service social, côtoient désormais des complexes privés aux surfaces considérables, sans que le premier modèle ait totalement cédé la place au second. Cette coexistence, parfois tendue, dessine les contours d'un marché fragmenté où la logique de service public et celle de l'expérience commerciale s'affrontent autant qu'elles se complètent.
À Saint-Pétersbourg, la municipalité a engagé une programmation pluriannuelle de rénovation qui témoigne d'une volonté politique de préserver ce patrimoine. Les Kronshtadtskie Bani ont rouvert en 2025 après travaux, tandis que vingt-et-un autres complexes restaient en chantier à cette date, dans des localités aussi diverses que Lomonossov, Strelna, Sestroretsk, Zelenogorsk ou Pessochnoie. L'objectif affiché : porter à vingt-deux le nombre d'établissements rénovés d'ici la fin de 2026. Ce programme s'accompagne d'un dispositif de subventions — trente-et-un à trente-deux bains en bénéficient — qui permet de maintenir des tarifs plafonnés hérités de 2023 : quatre-vingt-cinq roubles pour une section de deuxième catégorie, cent roubles pour une section de première catégorie. Ces prix, fixés dans une logique de « toilette des habitants », dessinent une frontière nette avec l'univers des complexes privés, où la séance se chiffre en milliers de roubles.
En parallèle, le secteur privé connaît une croissance spectaculaire. En 2026, la Russie compte quatre-vingt-un grands complexes thermaux, soit une progression de quarante-sept pour cent sur un an, pour une surface totale de quatre cent quatre-vingt-treize mille mètres carrés. Les projections évoquent la barre des cent établissements et des six cent mille mètres carrés à court terme. Moscou concentre dix-huit de ces complexes, avec une fréquentation en hausse de cinquante-deux pour cent sur l'année, atteignant trois millions huit cent mille visiteurs. Cette dynamique s'inscrit dans un marché du bien-être plus large : vingt-deux mille établissements recensés en mars 2026 dans les segments bains, massages et spas, contre dix-neuf mille neuf cents un an plus tôt. L'intérêt pour les procédures spa a bondi de trente-sept pour cent en 2025, celui pour les bains et saunas de vingt-quatre pour cent.
Pourtant, cette expansion ne saurait masquer une réalité plus contrastée. Une source citée dans la presse économique estime que moins d'un pour cent de la population fréquente la banya, malgré la croissance de la demande. Le marché se déplace par ailleurs vers des formats hybrides où spa, restauration, musique et loisirs se mêlent au thermalisme pur. Dans la région de Saint-Pétersbourg, la banya « Kelo » à Novosergievka ou le complexe « Par pour gourmands » à Razmetelevo illustrent cette tendance, tandis qu'à Naberejnye Tchelny, une ancienne banya municipale doit être transformée en centre spa multifonctionnel. Moscou, pour sa part, ne présente pas de programme municipal comparable à celui de Saint-Pétersbourg dans les sources consultées ; seule une reconstruction des Rjevskie Bani est documentée comme opération urbaine, sans confirmation officielle claire. Cette asymétrie entre les deux capitales souligne que la mutation structurelle du marché thermal russe obéit à des rythmes et des logiques locales distinctes, qu'aucun schéma national ne résume pleinement.
Deux modèles économiques qui coexistent mal
| Critère | Bain public municipal subventionné | Grand complexe thermal privé |
|---|---|---|
| Tarif d'entrée | Plafonné à 85-100 roubles | Libre, non communiqué par les sources |
| Financement | Subventions municipales (31 à 32 établissements) | Investissement privé, rentabilité commerciale |
| Surface | Non précisée, parc vieillissant | 493 000 m² cumulés (prévision : 600 000 m²) |
| Fonction sociale | Mission de service public, accès populaire | Loisirs, restauration, expérience intégrée |
| Dynamique | Parc à rénover (22 complexes à Saint-Pétersbourg) | +47 % de complexes sur un an |
Moscou, capitale du thermalisme privé : une croissance spectaculaire sans plan coordonné
Moscou concentre aujourd'hui la plus forte densité de complexes thermaux privés de Russie. En 2026, la capitale compte dix-huit grands complexes thermaux, et leur fréquentation a grimpé de 52 % sur l'année pour atteindre 3,8 millions de visiteurs. Cette croissance spectaculaire s'inscrit dans un mouvement national : le nombre de grands complexes thermaux a augmenté de 47 % sur un an dans toute la Russie, portant le parc à quatre-vingt-un établissements totalisant 493 000 m². Les projections du secteur tablent sur une centaine d'objets et 600 000 m² à court terme.
Cette expansion moscovite obéit pourtant à une logique de marché plus qu'à une stratégie urbaine délibérée. Contrairement à Saint-Pétersbourg, où les autorités municipales pilotent depuis plusieurs années une programmation pluriannuelle de rénovation des bains publics historiques, Moscou ne dispose pas, dans les sources consultées, d'un plan municipal coordonné de même nature. Aucune confirmation officielle moscovite n'a été trouvée sur les contours précis de la rénovation des Rjevskie Bani, bien que cette opération de grande ampleur soit documentée comme une intervention urbaine par les observateurs du secteur immobilier. La distinction importe : ce qui relève de la sphère privée à Moscou relève, à Saint-Pétersbourg, d'une politique publique explicite de préservation et de maintien d'un service municipal.
Le marché moscovite incarne ainsi la recomposition profonde de la pratique thermale russe. L'offre se déplace vers des formats hybrides où spa, restauration, musique et loisirs se combinent au thermalisme pur. Cette mutation répond à une demande en plein essor — l'intérêt pour les procédures spa a bondi de 37 % en 2025 sur un an, et la demande pour bains et saunas de 24 % — mais elle dessine aussi une fracture territoriale et sociale. Les complexes privés, souvent situés dans les zones d'affaires ou les quartiers résidentiels aisés, ne desservent pas les mêmes publics que les bains publics historiques aux tarifs plafonnés. Or, selon une source citée dans la presse économique, moins de 1 % de la population russe fréquente la banya, malgré la croissance apparente de la demande. Ce chiffre, à manier avec prudence tant sa méthodologie n'est pas précisée, suggère que l'essor des temples privés du bien-être ne se traduit pas mécaniquement par une démocratisation de la pratique.
La région de Moscou et la capitale elle-même arrivent d'ailleurs en tête des nouvelles ouvertures du segment bien-être en 2025, devant Saint-Pétersbourg. Cette prééminence économique ne doit pas masquer l'absence de données publiques sur la fréquentation des éventuels bains municipaux moscovites encore en activité. Le contraste avec Saint-Pétersbourg est à ce titre éclairant : là où la municipalité nordique communique, même partiellement, sur ses tarifs subventionnés et ses chantiers de rénovation, Moscou livre une image de capitale du thermalisme commercial où l'initiative privée prime sur la transparence publique.

Nouveaux formats, nouveaux territoires : la banya s'urbanise et se diversifie
La mutation du paysage thermal russe dépasse le simple rapport de force entre bains publics subventionnés et complexes privés. Elle dessine avant tout une recomposition spatiale et sémantique de la pratique elle-même. Les établissements qui émergent depuis 2024 mêlent délibérément des registres autrefois séparés : soins corporels, restauration, programmation musicale, espaces de travail informel. Cette hybridation, documentée par la presse économique de Saint-Pétersbourg, transforme la banya en opérateur d'une expérience globale où le thermalisme n'est plus qu'une composante parmi d'autres.
Dans la région de Saint-Pétersbourg, deux projets illustrent cette orientation. À Novosergievka, la banya « Kelo » incarne un modèle qui intègre le cadre architectural à l'offre de services. Plus à l'est, à Razmetelevo, le complexe « Par pour gourmands » associe explicitement la pratique thermale à une offre gastronomique structurée. Ces noms ne sont pas des repères commerciaux à valoriser : ils témoignent d'une territorialisation de l'innovation formatielle dans la périphérie nord-occidentale, là où l'extension urbaine et la disponibilité foncière permettent des expérimentations que le centre historique rend difficiles.
La logique de diversification gagne également des villes de taille moyenne, parfois à l'initiative de reconversions patrimoniales. À Naberejnye Tchelny, dans la république du Tatarstan, une ancienne banya municipale doit être transformée en centre spa multifonctionnel. Ce type de projet, quand il s'appuie sur un bâtiment existant, pose la question du devenir des équipements hérités de l'époque soviétique. Il ne s'agit pas de préservation au sens muséal : l'opération vise à adapter une infrastructure technique à des attentes contemporaines du bien-être, avec l'ambiguïté que suppose tout réemploi fonctionnel.
Cette urbanisation de la banya s'accompagne d'une tension géographique perceptible dans les données d'implantation. Moscou et la région de Moscou concentrent les nouvelles ouvertures du segment bien-être en 2025, devançant Saint-Pétersbourg. Cette hiérarchie n'est pas neuve, mais elle s'accentue dans la phase récente de croissance. Le marché thermal privé, mesuré par le nombre de grands complexes et leur surface, y trouve sa matrice principale. Pour autant, la fréquentation en hausse de 52 % à Moscou, atteignant 3,8 millions de visiteurs, ne dit rien de la répartition sociale de cette fréquentation. Le document de référence souligne que moins de 1 % de la population russe fréquente la banya, malgré la croissance de la demande. Ce chiffre, même s'il provient d'une source unique et mériterait confrontation, désigne un plafond structurel : l'expansion quantitative des offres ne se traduit pas mécaniquement par une massification de la pratique.
La diversité des formats coexiste ainsi avec une segmentation marquée. Les complexes les plus récents visent une clientèle qui dispose du temps et des ressources pour intégrer la banya dans un ensemble de loisirs. Les bains publics municipaux, quand ils subsistent, maintiennent des tarifs plafonnés — 85 ou 100 roubles selon la catégorie de section — qui les destinent à d'autres publics. Entre ces deux pôles, le terrain de la pratique quotidienne, celle des bains de quartier fréquentés sans rituel particulier, semble se rétrécir. La recomposition observée n'efface pas la banya populaire, mais la cantonne dans un parc public en déclin numérique relatif, tandis que l'innovation formatielle profite à des opérateurs privés dont le modèle économique repose sur la valeur ajoutée.
Tarifs et publics : la fracture entre accès populaire subventionné et expérience commerciale
Le tarif officiel plafonné pour une section de deuxième catégorie dans les bains publics subventionnés de Saint-Pétersbourg s'établit à 85 roubles, tandis qu'une section de première catégorie atteint 100 roubles. Ces montants, fixés à l'échelle municipale et maintenus sur une partie du parc, ne couvrent évidemment pas les coûts réels d'exploitation : 31 à 32 établissements reçoivent des subventions pour la « toilette des habitants », ce qui leur permet de garantir des tarifs préférentiels à certaines catégories de visiteurs. Ce système, hérité d'une conception soviétique des services publics, fonctionne comme un filet social résiduel dans une économie où le thermalisme a largement basculé vers le marché.
À l'inverse, les grands complexes thermaux privés qui poussent à Moscou et dans d'autres métropoles relèvent d'une logique tarifaire tout autre. La fréquentation de ces établissements a bondi de 52 % sur l'année écoulée dans la capitale, atteignant 3,8 millions de visiteurs pour 18 complexes recensés. Nul tarif plafonné ici : l'expérience intègre spa, restauration, musique et loisirs, dans des formats qui mêlent délibérément thermalisme et consommation culturelle. La frontière entre soin du corps et sortie urbaine s'estompe ; le prix d'entrée achète moins un service hygiénique qu'un temps de sociabilité choisi, calibré, photographiable.
Cette bipolarisation pose la question de l'accès effectif à la pratique. Une source citée par la presse économique estime que moins de 1 % de la population fréquente la banya, malgré la croissance globale de la demande. Ce chiffre, à manier avec prudence — il n'est pas assorti d'une méthodologie publique — suggère que l'expansion quantitative du marché ne se traduit pas nécessairement par une démocratisation de l'usage. Les 22 000 établissements recensés en mars 2026 dans les segments bains, massages et spas (+ 2 100 sur un an) desservent peut-être davantage une clientèle déjà convertie, ouvrant de nouvelles occasions de consommation plutôt que de nouveaux publics.
Le contraste entre les deux mondes n'est pas seulement financier. Dans les bains municipaux de Saint-Pétersbourg, où aucune statistique officielle de fréquentation n'est disponible, l'absence de données elle-même témoigne d'un certain délaissement administratif : ces lieux ne font pas l'objet du même investissement médiatique que les complexes privés, pas plus que d'une politique de transparence chiffrée. Les travaux engagés sur 21 sites, après la réouverture des Kronshtadtskie Bani en 2025, visent certes à préserver un patrimoine et un service ; ils ne disent pas si les usagers, une fois les chantiers achevés, y retrouveront les mêmes habitudes, ni si les jeunes générations y pénétreront un jour.
Ce que les chiffres disent, et ce qu'ils taisent
Le dossier documentaire permet d'établir un socle de constats solides, qu'il vaut la peine de distinguer nettement de ce qui reste hors de portée des sources disponibles. Ce qui est documenté de manière fiable :
- Croissance du secteur privé : 47 % de complexes thermaux supplémentaires sur un an, pour une surface cumulée de 493 000 m² en 2026.
- Fréquentation moscovite : 18 complexes thermaux accueillant 3,8 millions de visiteurs, en hausse de 52 % sur l'année.
- Densité d'établissements : 22 000 structures recensées en mars 2026 dans les segments bains, massages et spas, contre 19 900 un an auparavant.
- Demande : progression de 37 % de l'intérêt pour les procédures spa en 2025, et de 24 % pour les bains et saunas.
- Tarification publique : plafonnement maintenu à 85 et 100 roubles sur un parc de 31 à 32 établissements subventionnés.
Les mêmes sources laissent en revanche dans l'ombre plusieurs questions décisives, et il serait malhonnête de combler ces vides par déduction :
- Fréquentation réelle des bains publics : aucune statistique officielle n'existe pour Saint-Pétersbourg, ce qui interdit d'évaluer l'effet social du tarif plafonné.
- Situation moscovite : la reconstruction des Rjevskie Bani est documentée par la presse spécialisée, mais sans confirmation municipale officielle.
- Profil des nouveaux usagers : rien n'indique si les visiteurs des complexes privés découvrent la banya ou la pratiquaient déjà dans le circuit municipal.
- Portée du chiffre de 1 % : la donnée ne distingue pas les deux circuits et n'est assortie d'aucune méthodologie publique.
Ce que les sources ne disent pas : les zones d'ombre d'une documentation inégale
L'explosion documentée de l'offre thermale privée masque des angles morts considérables. A Saint-Pétersbourg, la municipalité communique sur ses chantiers de rénovation — vingt-deux complexes en travaux, des tarifs plafonnés à quatre-vingt-cinq et cent roubles selon la catégorie — mais aucune statistique officielle de fréquentation n'est accessible. On ignore donc si ces bains rénovés attirent réellement les habitants, si les files d'attente se sont allongées ou raccourcies, si les jeunes générations y retrouvent le chemin. Le contraste avec Moscou est saisissant : la capitale accumule les chiffres de fréquentation — 3,8 millions de visiteurs dans ses dix-huit complexes, hausse de 52 % — sans que personne ne sache précisément qui fréquente quoi, ni dans quelle proportion ces visiteurs choisissent un bain public municipal plutôt qu'un complexe commercial.
La source qui avance que moins de 1 % de la population russe fréquente la banya soulève plus de questions qu'elle ne résout. Qu'entend-on par « fréquenter » ? Une fois l'an, une fois le mois, une pratique régulière ? Le chiffre englobe-t-il les saunas des clubs de fitness, les cabines infrarouges des hôtels, les séances occasionnelles chez des amis ? L'absence de définition méthodologique rend cette donnée presque inutilisable, bien qu'elle circule dans la presse économique. Elle sert surtout à dramatiser la croissance : si la base est si étroite, tout bond paraît spectaculaire.
Les prévisions du marché posent un problème similaire. Cent complexes et six cent mille mètres carrés « à court terme » : qui a établi ce calendrier, sur quels financements, avec quelle garantie de réalisation ? Le dossier ne le précise pas. Entre l'annonce d'un projet comme « Par pour gourmands » à Razmetelevo ou la reconversion de la banya municipale de Naberejnye Tchelny, et son ouverture effective, l'écart peut se compter en années, voire en échecs. Les médias russes documentent volontiers les inaugurations ; les abandons de chantier, les retards de permis, les faillites de promoteurs thermaux passent plus souvent sous silence.
Reste enfin la question de la pratique elle-même. Les chiffres de surface construite, de visiteurs, de croissance annuelle ne disent rien de ce qui se passe dans ces espaces. Le rituel du venik, les conversations entre parlochniki, les savoir-faire corporels transmis de génération en génération — tout cela résiste à la quantification. Peut-être le marché du bien-être absorbe-t-il la banya sans la perpétuer, substituant à la durée du bain une consommation rapide de services. Peut-être l'offre commerciale recrée-t-elle des formes authentiques dans des cadres luxueux. Le dossier n'en dit mot, et cette ignorance mérite d'être assumée plutôt que comblée par l'affirmation.
