Le métier de banshchik — celui qui, dans la banya russe, exécute le rituel du veniki sur le baigneur allongé — appartient à cette catégorie de savoir-faire qu'on n'apprend dans aucun manuel. Il se transmet par compagnonnage, dans la chaleur lourde des parilkas publiques, à coups de gestes répétés, observés, corrigés, reproduits jusqu'à ce que le geste devienne instinctif. À Saint-Pétersbourg, plusieurs banyas de quartier — Yamskie, Degtyarnye, Mytninskie — perpétuent cette transmission depuis plus d'un siècle. Sergueï Volkov, 50 ans, banshchik aux Yamskie Bani, est l'un de ces praticiens qui ont fait du métier l'œuvre d'une vie. La rédaction a recueilli son témoignage en plusieurs entretiens, à différents moments de l'année, dans le predbannik et la salle de repos des Yamskie.

Le portrait qui suit est une synthèse éditoriale composée à partir de témoignages anonymisés réunis pour cet article. Sergueï Volkov, sous ce nom, n'existe pas — mais le banshchik qu'il incarne ressemble, par mille traits concrets, aux praticiens que la rédaction a interrogés. Le but : donner à lire une parole de métier rare, discrète, presque jamais transcrite, sur un savoir-faire dont l'avenir tient à quelques transmetteurs vieillissants. Le ton est volontairement direct, parfois bourru, à l'image de ces hommes qui parlent de leur travail sans en faire des tonnes — et qui, après une heure de conversation, lâchent une phrase qui résume tout.

Portrait Sergueï Volkov, banshchik Saint-Pétersbourg

Sergueï Volkov

Banshchik aux Yamskie Bani, Saint-Pétersbourg. 25 ans de métier, formation à Moscou auprès des grands maîtres des Sandunovsky.

Portrait éditorial fictif — synthèse de témoignages réunis pour cet article.

L'apprentissage : comment on devient banshchik

La rédaction

Sergueï, vous êtes entré aux Yamskie Bani il y a vingt-cinq ans. Comment se transmet ce métier ? Y a-t-il une école, une formation officielle, ou est-ce uniquement le compagnonnage qui prévaut ?

Sergueï Volkov

Il n'y a pas d'école. Pas de diplôme. Personne ne vous donne un papier qui dit « vous êtes banshchik ». Vous entrez dans une banya comme aide — vous nettoyez les bancs, vous portez le bois, vous changez les serviettes, vous écoutez. Pendant deux ans, vous ne touchez pas à un veniki en clientèle. Vous regardez. Vous observez les anciens, comment ils tiennent les bouquets, comment ils éventent, où ils placent les pieds, à quel moment ils versent l'eau sur les pierres. Vous voyez les clients sortir transformés ou inquiets. Vous comprenez que ce n'est pas un travail mécanique.

Mon maître s'appelait Piotr Andreïevitch. Il avait commencé aux Sandunovsky de Moscou dans les années 1960, formé par des vieux qui eux-mêmes venaient de l'avant-guerre. Il est mort il y a quinze ans. Quand je suis arrivé aux Yamskie en 2001, c'est lui qui m'a pris sous son aile. La première fois qu'il m'a laissé pratiquer un parenie complet sur un client, c'était au bout de trois ans. Avant, j'avais le droit de faire le veniki sur des collègues, en privé, après les heures. Pour s'entraîner, pour qu'il me corrige.

Aujourd'hui, c'est plus rapide — un an, un an et demi suffisent pour les nouveaux. Le métier est moins exigeant qu'à l'époque, je le dis sans amertume, c'est l'évolution. Mais je continue à former mes propres apprentis sur le mode ancien : observation, répétition, correction. Pour mieux comprendre comment fonctionne une banya dans son ensemble, il faut d'abord avoir balayé le sol.

Lire la vapeur : le geste qu'aucun manuel ne décrit

La rédaction

Vous parlez souvent, dans nos précédents entretiens, de « lire la vapeur ». Qu'est-ce que cela signifie concrètement ? À quoi le banshchik fait-il attention ?

Sergueï Volkov

La vapeur, ça se lit comme un livre, mais un livre qui change toutes les minutes. Quand vous entrez dans la parilka pour une séance, vous regardez d'abord la kamenka — la couleur des pierres, est-ce qu'elles sont rouges, grises, sombres. Vous écoutez le bruit qu'elles font quand l'eau les touche. Une bonne pierre chaude, ça siffle court et sec ; une pierre tiède, ça crachote, c'est mou. Vous sentez l'odeur de l'air : sec ou humide, propre ou chargé. Vous tenez votre main en l'air à différentes hauteurs : la chaleur monte par couches, et entre le banc bas et le banc haut, il y a parfois trente degrés de différence.

Pendant le parenie, vous lisez la vapeur encore plus précisément. Quand j'éventer le veniki au-dessus du client, je sens immédiatement si la chaleur que je pousse sur lui est bonne ou trop dure. Si elle est trop dure, je relève le veniki, je laisse retomber l'air, je travaille plus haut. Si elle est trop molle, je verse une louche d'eau sur les pierres pour relancer. Le client ne sait pas que je fais ces ajustements en permanence — il sent juste que c'est juste, que ça passe. Mais ce sont des micro-décisions, toutes les dix secondes.

Ça, ça ne s'apprend pas en lisant. Ça s'apprend en passant cinq mille heures dans une parilka, en observant cent maîtres différents, et en faisant ses propres erreurs. À la troisième année, vous commencez à sentir. À la dixième, vous savez. À la vingt-cinquième, vous oubliez que vous savez — c'est devenu naturel.

Vue intérieure d'une banya russe en activité, bancs en bois clair, kamenka rougeoyante au centre, vapeur dense diffusant la lumière

Le veniki, prolongement du bras

La rédaction

Le veniki est l'instrument central de votre métier. Comment décrivez-vous votre rapport à lui — s'agit-il d'un outil, d'un geste, ou d'autre chose encore ?

Sergueï Volkov

Pour un banshchik, le veniki n'est pas un outil — c'est le prolongement du bras. La même différence qu'entre tenir un marteau pour planter un clou et tenir un archet pour jouer une note. L'archet, vous ne le sentez plus, vous sentez la corde. Moi, quand je travaille avec un veniki sur un client, je ne sens plus le manche dans ma main : je sens la peau du client à travers les feuilles, je sens si elle est tendue ou détendue, chaude ou froide, sèche ou en train de transpirer. Le veniki transmet l'information.

La technique, ce sont trois gestes qui se combinent infiniment. Premièrement, l'éventage — vous tenez deux veniki, un dans chaque main, et vous poussez la chaleur qui flotte au-dessus du client vers son corps. C'est doux, lent, ça enveloppe. Deuxièmement, la pression — vous appuyez le veniki à plat sur le dos, les épaules, les jambes, et vous laissez la chaleur traverser. Pas de frappe, juste un contact appuyé qui dure deux ou trois secondes. Troisièmement, la percussion — c'est le geste le plus visible, mais aussi le plus minoritaire dans un parenie réussi. Vous frappez court et sec, jamais fort. Le but n'est pas de faire mal, c'est de stimuler la circulation. Pour comprendre dans le détail le rituel du veniki et la fabrication du bouquet, il faut des heures d'observation, mais l'idée centrale tient en une phrase : le veniki ne tape pas, il caresse avec autorité.

Le choix de l'essence change tout. Bouleau pour le geste classique, élastique, qui pardonne. Chêne pour les corps lourds, plus tonique, plus sec. Eucalyptus pour les voies respiratoires, mais c'est un veniki d'appoint, on en pose une branche dans le bouquet de bouleau. Sapin, je n'aime pas — trop piquant, trop coriace, sauf pour des habitués qui demandent. Le guide du journal sur les essences documente bien ces nuances. Chaque maître a ses préférences ; les miennes sont du bouleau jeune cueilli en juin, séché à l'ombre, trempé deux heures avant la séance.

Yamskie Bani : un quartier, une mémoire

La rédaction

Pourquoi avoir choisi les Yamskie Bani plutôt qu'une autre banya de Saint-Pétersbourg ? Qu'a cet établissement de particulier ?

Sergueï Volkov

Les Yamskie, c'est une banya populaire au sens vrai du terme. Elle a ouvert au XIXᵉ siècle pour les cochers de la ville — yamshchiki, d'où le nom — qui travaillaient dehors par moins trente l'hiver et avaient besoin d'un endroit pour se réchauffer en fin de journée. Le quartier autour s'appelle encore Yamskaya Sloboda. C'est resté une banya de quartier : on y vient à pied, on connaît le personnel, les habitués se saluent à l'entrée. Pas de marbre, pas de dorures, des bancs en bois clair, une chaleur droite, un samovar dans le predbannik. Ce que je voulais quand j'ai commencé.

Saint-Pétersbourg, ce n'est pas Moscou. À Moscou, vous avez les Sandunovsky qui sont magnifiques, c'est juste, mais c'est devenu une institution avec des touristes, des photographes, des cars qui s'arrêtent. Le métier y est encore exercé sérieusement par certains banshchiki, qui sont parmi les meilleurs de Russie, mais l'atmosphère a changé. Les grandes banyas publiques de Moscou ont leur génie propre, je ne les critique pas — j'y suis allé apprendre. Mais à Saint-Pétersbourg, c'est plus terrien. Les clients sont des gens du quartier, des ouvriers à la retraite, des employés municipaux, des étudiants, parfois des écrivains qui viennent une fois par mois. Le contact est plus direct.

J'aime aussi que Saint-Pétersbourg ait gardé ses banyas de quartier en activité — Yamskie, Degtyarnye, Mytninskie. Quand je vais boire un thé à la fin de mon service, j'ai la sensation d'être un maillon d'une longue chaîne, qui a commencé bien avant moi et qui continuera après. Pour un visiteur étranger qui veut découvrir cette ville, Saint-Pétersbourg comme destination de voyage mérite un détour bien au-delà des palais — la banya en fait partie, c'est un visage moins connu mais plus vrai de la ville.

Les clients : du retraité au jeune urbain

La rédaction

Comment a évolué la clientèle de la banya en vingt-cinq ans ? Voyez-vous des publics nouveaux que vous n'aviez pas au début ?

Sergueï Volkov

Au début des années 2000, les clients des Yamskie étaient à 80 % des hommes du quartier, retraités ou ouvriers, qui venaient une à deux fois par semaine. Une habitude héritée de leurs pères. On se connaissait tous, on ne se présentait pas, on savait à quel moment chacun allait monter au banc supérieur. C'était une clientèle stable, fidèle, sobre dans son rapport à la banya.

Depuis dix ans, ça a beaucoup changé. Trois publics nouveaux sont apparus. D'abord les jeunes urbains — entre vingt-cinq et quarante ans — qui découvrent la banya comme une pratique de bien-être, parfois influencés par les modes du sauna et de la cryothérapie venues d'Europe. Ils viennent souvent en groupe d'amis, ils sont curieux, ils posent beaucoup de questions, ils filment parfois (ce qu'on leur interdit doucement). Ensuite les femmes, en couple ou entre amies, dans nos sessions féminines. Elles étaient beaucoup moins nombreuses il y a vingt ans, elles sont aujourd'hui une vraie partie de la clientèle. Enfin les étrangers — voyageurs, expatriés, étudiants en russe — qui viennent par curiosité culturelle.

Avec chaque public, le geste s'adapte. Pour les habitués anciens, je travaille au geste, sans paroles, ils savent ce qu'ils veulent. Pour les jeunes urbains, j'explique ce que je fais, parce qu'ils aiment comprendre. Pour les étrangers, je parle plus lentement, j'utilise les mots simples, je vérifie souvent qu'ils sont bien. Le métier ne change pas dans son fond — la chaleur, le veniki, la lecture du corps —, mais la manière de l'exercer doit s'ajuster. C'est ce qui fait que je ne m'ennuie pas, après vingt-cinq ans : chaque client est un nouveau livre à lire.

Transmettre : qui apprend aujourd'hui

La rédaction

Vous formez vous-même des apprentis. Qui sont-ils, ces jeunes qui veulent devenir banshchiki en 2026 ? Le profil a-t-il changé ?

Sergueï Volkov

J'ai formé six apprentis en vingt ans. Trois sont restés dans le métier ; deux sont partis après deux ans (l'un pour faire chauffeur de taxi, l'autre pour ouvrir un café avec son frère) ; un sixième vient de commencer cet hiver. Les profils ont changé. Au début, mes apprentis étaient des gars du quartier, fils ou neveux d'anciens banshchiki, qui voyaient le métier de l'intérieur depuis l'enfance. C'était simple : ils avaient déjà l'odeur de la banya dans la peau.

Aujourd'hui, beaucoup viennent de plus loin. Mon apprenti actuel a 28 ans, il était ingénieur réseau dans une boîte de télécoms à Moscou pendant cinq ans, il a tout arrêté pour venir à Saint-Pétersbourg apprendre le métier de banshchik. Il avait commencé à fréquenter les bains pour la santé après un burn-out, ça l'a rattrapé. Je suis sceptique au début — on a tous nos préjugés —, mais il travaille bien. Il est patient, il observe sans interrompre, il a déjà compris que ce métier ne se hâte pas.

Ce qui m'inquiète, ce n'est pas que les nouveaux apprentis viennent d'ailleurs : c'est que la transmission soit fragile. Si trois ou quatre vieux banshchiki partent à la retraite en même temps dans une ville comme Saint-Pétersbourg, sans avoir formé leur successeur jusqu'au bout, des techniques se perdent. Pas brutalement, doucement. Une nuance ici, un geste là. Au bout de vingt ans, le savoir-faire global s'érode. C'est pour ça que je consacre du temps à mon apprenti, même quand c'est fatigant. Le métier ne survit pas tout seul.

Le corps du banshchik : usure et soin

La rédaction

Vingt-cinq ans dans la chaleur, à manier les veniki, c'est un métier physique. Qu'est-ce que ça fait à un corps ? Avez-vous des séquelles ?

Sergueï Volkov

Le métier marque le corps, je ne vais pas mentir. Le dos d'abord — beaucoup de banshchiki finissent avec des douleurs lombaires chroniques. La position de travail dans la parilka, penché au-dessus du client allongé, sur des bancs qui ne sont pas à la bonne hauteur, c'est dur. J'ai été opéré d'une hernie discale il y a six ans, j'ai fait six mois de kiné, je suis revenu travailler avec une ceinture lombaire et de meilleures techniques de placement du dos. Aujourd'hui je vais bien, mais il a fallu apprendre.

Les épaules ensuite. Manipuler deux veniki d'un kilo chacun pendant vingt minutes, plusieurs fois par jour, ce sont des micro-traumatismes répétés sur les coiffes des rotateurs. Je fais des exercices d'étirement et de renforcement chaque matin avant le service. Sans ça, je tiendrais peut-être cinq ans, pas vingt-cinq. Et la peau — elle vieillit plus vite, surtout au visage et aux mains, à cause de la chaleur et de l'humidité permanentes. C'est cosmétique, ça ne me dérange pas, mais c'est un fait.

Sur l'effet général de la chaleur, je suis plus nuancé que les enthousiastes. La banya régulière, c'est bon pour la circulation, le sommeil, la peau, c'est documenté pour le baigneur ordinaire qui y va une à deux fois par semaine. Pour le banshchik, qui y est six heures par jour, six jours par semaine, c'est différent. Il faut compenser : hydratation très soutenue, repas équilibrés, repos vrai entre les services, sport doux, suivi médical régulier. Pour la question des bienfaits et contre-indications de la banya, le journal a fait un entretien sérieux avec un médecin qui dit l'essentiel — c'est utile à lire pour ne pas tomber dans la mythologie facile.

Atelier de banya à Saint-Pétersbourg, banc en bois sombre, veniki suspendus séchant, lumière du jour filtrée par une petite fenêtre

Avant et après les années 2000

La rédaction

Vous avez vu le métier basculer au tournant des années 2000. Qu'est-ce qui a réellement changé entre la banya soviétique tardive et la banya post-soviétique d'aujourd'hui ?

Sergueï Volkov

Plusieurs choses, et pas toutes dans le même sens. D'abord les équipements : les banyas publiques des années 1980-1990 étaient souvent vieillissantes, les kamenkas tiraient mal, les douches manquaient de pression, les bancs étaient parfois pourris. Depuis vingt ans, beaucoup d'établissements ont été rénovés — Yamskie y compris —, avec des kamenkas modernes plus puissantes, des espaces de repos refaits, une plomberie correcte. C'est un progrès net pour le confort des baigneurs et pour le travail des banshchiki.

Ensuite la culture. Dans les années 1990, après la chute, les banyas ont traversé une période compliquée : moins de fréquentation, certaines fermetures, parfois des dérives commerciales (banyas qui se mélangeaient avec d'autres activités moins reluisantes — c'est documenté, je ne vais pas développer). Dans les années 2000-2010, la banya populaire a retrouvé sa respiration : nouvelle clientèle, intérêt patrimonial, redécouverte des grands établissements historiques par les Russes eux-mêmes. Aujourd'hui, c'est stabilisé.

Ce qui me manque parfois, c'est la conversation des anciens. Dans les années 2000, dans le predbannik, on entendait des hommes de soixante-dix ans raconter des histoires — la guerre, le blocus, le travail à Leningrad-Saint-Pétersbourg. Une mémoire orale qui s'est éteinte avec eux. Aujourd'hui, les conversations sont plus légères : le travail, la famille, les vacances. C'est l'évolution naturelle, mais c'est une perte aussi. La banya était un lieu de transmission culturelle au-delà du métier — pour saisir cette dimension, le travail des anthropologues sur la culture slave et sibérienne autour de la banya que le journal a publié donne des éléments précieux.

Sandunovsky vu de Saint-Pétersbourg

La rédaction

Vous avez été formé indirectement par les Sandunovsky de Moscou via votre maître Piotr Andreïevitch. Quel rapport entretenez-vous avec ces grandes banyas moscovites ? Y allez-vous encore ?

Sergueï Volkov

Sandunovsky, c'est une référence. Pour ma génération, c'est l'établissement de la grande tradition — les voûtes du XIXᵉ, les fresques, les bancs en chêne massif, la chaleur impeccablement réglée par des banshchiki qui en font une discipline. Quand mon maître me parlait de Sandunovsky, c'était avec un mélange de fierté et de nostalgie. Il y avait travaillé jeune, il en avait gardé un savoir-faire qu'il m'a transmis.

Je continue à y aller, mais rarement. Une ou deux fois par an, quand je passe à Moscou. J'observe les jeunes banshchiki, je note les évolutions de la technique, je discute avec les anciens si j'en croise. Dernièrement j'y ai vu un banshchik de 35 ans qui travaillait magnifiquement — précision, lecture, économie de geste. La transmission tient encore là-bas.

Mais je ne resterais pas vivre à Moscou. Sandunovsky est une institution magnifique, je le respecte, mais je préfère travailler aux Yamskie. Plus modeste, plus quotidien, plus mien. C'est une question de tempérament. Certains banshchiki sont faits pour les grandes scènes, d'autres pour les coulisses. Je suis du second type.

Vrai ou faux : 6 idées reçues sur la banya

Sergueï Volkov a accepté, pour clore l'entretien, de réagir à six affirmations courantes que la rédaction a recueillies dans la bouche de baigneurs novices ou de visiteurs étrangers. Verdicts directs, sans détour, à l'image de l'homme.

« On peut aller en banya à jeun »

Faux

À jeun complet, c'est une mauvaise idée. La chaleur intense de la parilka et les ruptures thermiques sollicitent la circulation et le système nerveux ; sans réserve glycémique, le risque de malaise est réel. La règle : un repas léger deux à trois heures avant la séance — un yaourt, un fruit, une tartine. Pas de repas copieux non plus, qui chargerait la digestion.

« Plus la chaleur est forte, mieux c'est »

Faux

Au-delà de 95-100 °C, la chaleur ne donne plus rien de plus que de la souffrance et un risque accru. La banya bien réglée se travaille entre 70 et 90 °C avec une humidité maîtrisée — c'est l'équilibre température/humidité qui fait la qualité de la vapeur, pas la température seule. Les banshchiki expérimentés cherchent la finesse, pas la performance thermique.

« La vodka pendant la banya, c'est la tradition »

Faux

La tradition russe sérieuse interdit l'alcool pendant la séance. La vodka et la bière déshydratent, font monter dangereusement la tension, masquent les signaux d'alerte. Si l'on boit, c'est après — au repas qui suit, en quantité modérée. La représentation populaire qui associe banya et vodka pendant la séance est un cliché qui ne reflète pas l'usage des praticiens réels.

« Le veniki, c'est juste pour le folklore »

Faux

Le veniki a une fonction physiologique réelle — stimulation de la circulation cutanée, libération d'huiles essentielles, percussion qui mobilise les tissus. C'est l'instrument qui distingue la banya du sauna. Folklorique seulement pour qui n'a jamais reçu un parenie complet exécuté par un banshchik compétent. Après, on comprend.

« Banya tous les jours, c'est encore mieux »

Nuancé

Pour un baigneur ordinaire, deux à trois fois par semaine est un rythme excellent. Tous les jours, c'est trop : le corps a besoin de récupérer entre les sollicitations thermiques. Les banshchiki, qui y sont quotidiennement par leur travail, compensent par des pauses plus courtes et une hygiène de vie stricte — ce n'est pas reproductible pour un baigneur amateur.

« Une bonne banya, c'est une banya en bois noir »

Nuancé

La banya « noire » (sans cheminée, le bois noirci par la fumée) est la forme la plus traditionnelle, encore pratiquée en zone rurale et dans certaines régions sibériennes — c'est une expérience exceptionnelle. Mais la banya « blanche » avec cheminée, qui domine les établissements urbains, n'est pas une dégradation, c'est une évolution. Les deux ont leurs maîtres, leurs adeptes, leurs vertus.

Ce que dit cet entretien sur un métier discret

Au terme de plusieurs heures de conversation, ce qui frappe dans le témoignage de Sergueï Volkov, c'est la combinaison entre précision technique et réserve culturelle. Le banshchik parle de son métier avec la rigueur d'un artisan qui a passé 25 ans à affiner un geste — vocabulaire spécifique, distinctions fines, références à des prédécesseurs identifiés. Mais il parle aussi avec cette pudeur des hommes de métier slaves : sans s'enfler, sans dramatiser, sans chercher à séduire. La banya est, pour lui, un travail honorable parmi d'autres ; ni mystique ni anodin.

Trois éléments se dégagent. D'abord la fragilité de la transmission. La formation des banshchiki repose entièrement sur le compagnonnage, sans école ni diplôme, et dépend du temps que les vieux maîtres acceptent de consacrer aux nouveaux. Si plusieurs d'entre eux partent à la retraite en même temps sans avoir formé jusqu'au bout, des nuances techniques disparaissent — non par catastrophe, par érosion lente. Ensuite la mutation de la clientèle. La banya populaire des années 1980-1990, fréquentée presque exclusivement par des hommes du quartier, a laissé place à une clientèle mixte qui inclut désormais femmes, jeunes urbains et étrangers. Cette diversification est globalement bénéfique pour la pérennité économique des établissements, mais elle change aussi le ton du lieu — moins de mémoire orale, plus de curiosité immédiate.

Enfin l'usure du corps du praticien. La banya régulière est documentée comme une pratique bénéfique pour le baigneur ordinaire, mais le banshchik, qui passe six heures quotidiennes dans la chaleur en travaillant physiquement, paie un tribut spécifique — dos, épaules, peau. Il compense par une hygiène de vie rigoureuse et un suivi médical régulier. Cette dimension professionnelle, rarement discutée dans les récits enthousiastes sur la banya, mérite d'être mentionnée pour la justesse du portrait.

« Quand j'arrive le matin et que j'entre dans la parilka encore vide, juste pour vérifier la chaleur avant le premier client, j'ai toujours la même sensation qu'il y a vingt-cinq ans. Le silence, l'odeur du bois, le sifflement court des pierres. Tout ce que je sais du métier tient là-dedans. Le reste, c'est de la technique qu'on apprend à force. Ça, c'est le métier. »

Pour qui voudrait prolonger la lecture, le journal a documenté plusieurs facettes complémentaires : la pratique de la banya en France racontée par une journaliste, un reportage sur la banya en hiver sibérien en Iakoutie, et la table d'après-banya dans la tradition slave. Chacun éclaire un angle que l'entretien avec Sergueï Volkov n'a pas pu épuiser. Pour saisir le contexte plus large de Saint-Pétersbourg comme ville où la banya populaire reste vivante, on peut aussi consulter le tag banyas du magazine voyage Russie, qui rassemble plusieurs reportages au fil des années.

La rédaction remercie les banshchiki qui ont accepté de partager leur expérience pour la composition de ce portrait — anonymement, à leur demande, et sans contrepartie. Le métier qu'ils exercent, discret par nature, mérite cette parole rare.

La rédaction